Notre dernière visite au Maroc a permis d'actualiser notre connaissance de la situation (consultation des habitants de Timkit et Tidoua et
rencontres avec les autorités publiques).
1) Education : les options discutables de la Délégation Ministérielle...
La rencontre avec la Délégation Provinciale du Ministère a fait ressortir trois possibilités pour la future scolarisation des enfants de Timkit et
Tidoua (après la fin du financement par le SPF en juin 2011) :
- reconduction d'un programme d'éducation non-formelle sans le financement du SPF (ce qui induirait une réduction budgétaire
difficilement soutenable avec baisse de salaire de 40 % pour les enseignants...).
- mise en place d'un internat - niveau primaire - à Anergui (qui ne résoudrait pas le problème de l'éloignement : réticence bien
compréhensible des parents à se séparer de leurs jeunes enfants durant la semaine , problème du trajet - 6 à 8 heures de marche aller-retour sur des sentiers difficiles, enneigés en
hiver).
- solution défendue par les associations locales et le secours populaire : ouvrir sur place des antennes publiques en mettant à
disposition de l'éducation nationale les locaux existants et en titularisant sur les deux postes les actuels enseignants associatifs, qui sont parfaitement intégrés à la population.
Hélas cette dernière solution, la seule qui paraisse réaliste et pérenne, ne semble pas priorisée par la Délégation Ministérielle. On s'étonne par
ailleurs que les effectifs à Tidoua (25 élèves actuellement) et Timkit (25 élèves actuellement et potentiellement 50) ne suffisent à justifier l'ouverture d'antennes, dans la mesure où la loi
marocaine devrait y contraindre et que de nombreuses écoles publiques fonctionnent avec un effectif d'une dizaine d'élèves seulement.
passage à gué (a G.) et sentier (à D.) lors de notre retour de Timkit en direction d''Anergui - 3 h. de marche - c'est par là que
devraient passer les élèves de 6 ans pour aller et venir chaque semaine à l'internat si l'une des options de la Délégation Ministérielle se concrétise...
2) Desserte Carrossable : les engagements du Gouverneur.
La rencontre avec Monsieur de Gouverneur de la province d'Azilal confirme les engagements que son prédécesseur avait pris en 2009 lors d'une
rencontre avec une délégation des habitants de Timkit et Tidoua : des pistes carrossables seront prochainement réalisées pour desservir les deux localités. Toutefois aucune date
n'est fixée pour le début et l'achèvement des travaux. Monsieur le Gouverneur nous assure qu'il s'agit d'une question de quelques mois. Nous lui faisons part de l'inquiètude des habitants de
Tidoua, leur desserte étant projetée après celle de Timkit. Il nous explique que les priorités sont fonction du nombre d'habitants concerné (la population est trois fois plus importante à
Timkit).
Enfin, nous évoquons la destruction par une crue de la piste le long de la rivière Assif Melloul, suite aux récents orages. Sans
cette piste, les habitants de Timkit et Tidoua risquent de subir un grave surcroit d'isolement avec impossibilité en hiver de se rendre au marché d'Anergui où ils s'approvisionnent (la montée des
eaux en hiver empêchant de passer à gué). Monsieur le Gouverneur nous assure que la piste sera réhabilitée avant l'hiver prochain (2010-2011).
il y a quelques années les habitants de Tidoua avaient commencé, avec une simple masse, d'ouvrir une piste pour se relier à la route d'Anergui
(ci-contre, leur ouvrage sur le lieu-dit "Tingarf"). Face à l'ampleur du chantier ils ont abandonné au bout de deux kilomètres (sur dix). Seule l'intervention de l'Etat et de moyens
techniques modernes peut assurer leur désenclavement, duquel dépend largement leur développement...
(photos janvier 2009)
3) Construction de systèmes d'adduction et de réserves d'eau.
Le Caïdat d'Anergui a donné l'autorisation de construction, et la mise en oeuvre du projet financé par le Secours Populaire a commencé (deux
ouvrages sur les neuf prévus). La synergie entre population, associations et pouvoirs publics est la clef de la réussite de tout projet à caractère social.
Tidoua "Iferd" : le projet comporte la réfection et la consolidation de ce bassin (1200 mètres cubes théoriques) destiné à abreuver les
troupeaux. Les autres réalisations concernent l'eau potable à usage domestique en vue de doubler la consommation des habitants.
(photo janvier 2009)
4) Reboisement à Tidoua.
L'échec de nos demandes de financement en 2009 a mené à l'ajournement d'un projet (mise en défens et plantation de chênes verts sur une
parcelle collective de 5 hectares et sur dix-huit parcelles privées de 0,25 hectare).
Fait nouveau, les habitants de Tidoua sollicitent l'intervention de l'administration des Eaux et Forêts pour sauver leurs arbres. Mais celle-ci
semble conditionnée par l'ouverture d'une piste carrossable en vue d'effectuer les travaux.
malgré l'urgence écologique et le volontarisme de la population, le projet de reboisement n'est pas à l'ordre du jour...
5) Etables.
Un contact du Secours Populaire, spécialiste en éco-construction, s'est proposé de mener à bien un projet de construction d'étables qui permettrait
de meilleures conditions d'élevage. Consultée, la population a opté pour de petites unités familiales plutôt que de grosses unités coopératives (plus adaptées aux usages habituels et à la
contrainte d'éparpillement géographique des bergers). Un millier de bêtes - ovins et caprins - pourrait en bénéficier. L'étude technique et la recherche de financements demeurent à
réaliser.
Conclusion.
Les objectifs initiaux de la visite ont été remplis : actualisation du diagnostic, redéfinition de la nature du partenariat entre SPF et
associations locales, approfondissement des relations avec les autorités publiques. Un audit comptable des associations a également été effectué.
Des consultations de la population ressortent deux principales revendications auprès des pouvoirs publics :
- l'ouverture d'écoles publiques dans les localités, seule solution viable pour assurer la continuité de l'enseignement après le
terme du financement du SPF
- la construction de pistes carrossables, condition de base d'un développement autochtone
L'une et l'autre s'inscrivent dans le cadre des objectifs de la politique nationale, notamment ceux promus par le Conseil Consultatif des Droits de
l'Homme (CCDH).
La contribution du SPF sera intégralement recentrée sur la construction de réserves d'eau à partir de 2011.
Les bénévoles du Secours Populaire adressent leurs remerciements particuliers à Monsieur Ali DAMOURI, Caïd d'Anergui, pour ses diverses
contributions au bon déroulement de leur visite et à la concrétisation du projet de réserves d'eau.